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La musique curative, on veut y croire

Dernière mise à jour le 02/03/2022

Résumé

D’un côté il y a la souffrance que l’on ressent. De l’autre il y a la médecine, les analyses, les traitements, les frais que cela engendre. Qu’importe les maux dont on souffre ! On veut juste aller mieux. On veut aller mieux comme la musique nous fait aller mieux. En ce sens, on peut dire que la musique soigne et il serait profondément criminel de la négliger ou même de priver certaines personnes de l’écouter. Question de santé !

La question sous-jacente est : à quel point faut-il croire en la musique curative ? Pour y répondre, nous allons nous intéresser aux liens intrinsèques entre la musique et les énergies vitales qui nous habitent, positives comme négatives, la douleur en faisant partie. Puis nous regarderons ce que dit la science et les expériences humaines à son sujet, les bénéfices à l’intégrer dans les programmes de Santé en France. Enfin, nous verrons bien ce que nous réserve l’avenir si nous croyons suffisamment fort au potentiel contenu dans la musique.

Mots-clés

Douleur, souffrance, émotions, harmonie, somatisation, musicothérapie, neuroscience

Sommaire

Qui peut dire aujourd’hui, ou plutôt combien d’entre nous peuvent dire « J’ai mal et les médecins ne peuvent rien pour moi. » ? Beaucoup. Beaucoup trop. Si l’on interroge les français, ce serait au moins douze millions d’individus concernés. Pire, on estime à environ 30 % le nombre d’adultes dans le monde souffrant de douleurs chroniques, c’est à dire de douleurs qui persistent depuis plus de trois mois et qui à la longue sont destructrices pour soi-même. Handicaps dans la vie quotidienne, consultations médicales plus nombreuses, sur-médication, l’impuissance de la médecine face à bon nombre de douleurs représente un coût substantiel pour la société, tant et si bien qu’il devient urgent de s’interroger dessus. Parmi toutes les pistes à explorer, retenons celle de la musique, cet art de vivre très consommé qui apaise, revigore, réconforte, et qui montre des signes encourageants dans la lutte universelle pour soulager la douleur.

1. La musique, un son et un soin

La première partie de notre dossier consacrée à la médecine thérapeutique délaisse volontairement la question de l’efficacité de la musique prise comme soin ou comme méthode de soin car cette question sera traitée dans la prochaine partie avec l’aide indispensable des chercheurs et de la science. D’abord, le dossier attire notre attention sur la place actuelle qu’occupe la douleur dans la vie de chacun, chose dont on parle peu bien sûr, mais aussi sur le rôle que joue la musique dans la mission de se tenir en forme et en bonne santé. En définitive, cette première partie nous amène à repenser la notion de soin et à voir que la musique, ce sublime accord entre le corps et l’âme, n’est pas sans partager des choses avec elle.

Avant tout, qu’est-ce que soigner ? C’est maintenir ou restituer la santé d’une personne. Dans la vie de tous les jours, le curatif l’emporte sur le préventif : on parle de soigner d’abord et surtout lorsqu’on tente de rappeler à une personne cet état de bien-être qu’elle a connu, où donc la douleur n’est pas responsable des décisions qu’elle prend, où la douleur, si elle existe, est soit silencieuse, soit bien perçue, soit mise sous cloche jusqu’à ce qu’il soit opportun de la ressentir à nouveau. Explications.

La médecine a depuis longtemps établi un lien entre les souffrances que l’on ressent physiquement et celles, nettement plus difficiles à déterminer, que l’on ressent psychologiquement. Des années d’études et de recherches confondues ont ainsi mis en lumière que le psychique (qui concerne l’esprit) et le somatique (qui concerne le corps) fonctionnent comme des parties imbriquées dans un ensemble ô combien vaste et pour le moins difficile à schématiser. Cette brume qui entoure beaucoup de nos maladies rend nos rapports aussi bien avec la maladie elle-même qu’avec les médecins très sensibles pour ne pas dire conflictuels, permettant par exemple qu’on rencontre des médecins sûrs d’eux qui se hâtent de poser le diagnostic suivant : l’origine de ce qui nous accable se trouve dans notre tête et il n’existe vraisemblablement pas de cause environnementale à nôtre problème. Peut-être. Ou peut-être pas.

Dans tous les cas, dès lors qu’il y a lieu de penser que ce qui affecte notre corps n’est pas sans rapport avec les bouleversements émotionnels qui affectent notre esprit, les experts médicaux et les psychanalystes s’accordent désormais entre eux en employant un terme : somatisation.

Définition de somatisation / [sɔmatizasjɔ ̃ ] / nom féminin

Processus inconscient visant à transférer, transformer des difficultés affectives en troubles somatiques fonctionnels: céphalées, migraines, dysphagie, rhumatismes, eczéma, etc.

C’est dire, en d’autres termes, que le corps réagit aux peines diverses et variées du quotidien, des muscles à la peau, des vertèbres au cerveau. Au fond, c’est dire que tout dans le corps demande de l’énergie pour fonctionner et si un fardeau pèse sur ses épaules, il est assez naturel que toutes les cellules en soient affectées, d’une manière ou d’une autre, tel un système de vases communicants. D’ailleurs, l’expérience le prouve. La théorie rejoint la pratique quand nombre de problèmes d’ordre physique se règlent par des séances psychiatriques. Cela nécessite de répondre honnêtement à certaines questions mais à la fin, il est possible d’identifier ce désordre intérieur qui resurgit et brouille les masses extérieures.

[…] s’il y a refoulement prolongé des émotions, la tension psychique s’élève peu à peu, l’anxiété apparaît et le conflit trouve son issue dans des souffrances somatiques. Quand les signes corporels apparaissent, le sujet fixe son attention sur eux et obtient ainsi un certain soulagement de la tension mentale.

Pierre P. Ravault, Georges Vignon, Rhumatologie clinique, 1956, p. 588.

Du fait de cette réalité reconnue aussi bien humainement que par la communauté scientifique, il devient important et aussi assez urgent d’en tirer avantage comme nous le verrons par la suite. Prendre soin d’une personne à la fois sur le plan physique et psychique, c’est obtenir au minima les avantages suivants :

  • Le malade guérit sans être contraint de subir d’éventuels effets secondaires propres à tout acte médical ou toute prise de médicaments,
  • Le rétablissement est plus rapide,
  • Le mal qui était la cause première de la visite médicale a toutes les chances de ne pas réapparaître ou bien moins rapidement que dans le cadre d’une guérison classique,
  • Les relations humaines sont privilégiées aux actes médicaux qu’ils soient légers ou lourds, ce qui rend le travail des soignants plus facile et plus agréable et la vie des pensionnaires également.

Douleur chronique post chirurgicale

Sur les dix millions d’actes chirurgicaux pratiqués chaque année en France, près de 60% d’entre eux induisent une douleur post-opératoire1. Aussi, 10 à 30% des patients opérés développent une Douleur Chronique Post Chirurgicale (DCPC), ce qui constitue la deuxième cause de consultation au sein des centres d’évaluation et de traitement de la douleur2.

1 Source : La douleur chronique post-opératoire trop peu considérée | Le Généraliste (legeneraliste.fr)

2 Source : Douleur chronique post chirurgicale, Valéria Martinez, Skander Ben Ammar, Dominique Fletcher.

De tout ceci, retenons que soigner est un acte complexe qui ne doit pas être exécuté en partie seulement. Par exemple, si une personne se rend en consultation chez son médecin pour que ce dernier soigne son eczéma mais que – admettons ! – le stress qui cause son eczéma n’est pas traité, alors on peut dire que le soin est incomplet. La souffrance demeure. Elle peut s’installer, entraîner des dommages plus graves que les dommages initiaux, entraîner aussi des dommages collatéraux. Et qui paye la facture ? Le malade. Le système de Santé Publique. Tout le monde.

Pour soigner, il faut absolument comprendre la souffrance.

Qui dit souffrance dit douleur. La douleur est un facteur d’inégalité entre nous. Elle contribue à détériorer les relations sociales, toutes classes confondues. Alors même si on en parle peu (ce qui se comprend en partie, justifié par la peur d’accentuer sa souffrance et d’en répandre les graines autour de soi), elle est là !

Il y a ceux qui ne la supportent pas ou très peu. Il y a ceux qui la supportent trop, allant jusqu’à ignorer la maladie dont ils souffrent. Les différents degrés et les différentes inflexions que portent la douleur, les dommages infligés à la fin, dépendent pour beaucoup de notre environnement, du contexte socio-culturel dans lequel nous évoluons, des croyances religieuses auxquelles nous adhérons, etc., si bien que la perception de la douleur demeure un phénomène subjectif et mal apprécié quelle que soit l’époque où nous nous plaçons.

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C’est le nombre de coups que Jésus a souffert pour nous sauver.

Par exemple, pour les chrétiens, la douleur est salvatrice. Dans la Bible, la souffrance est même un thème majeur. À travers ses textes, il est porté le message que toute souffrance a sa raison d’être. La Bible répond qu’on souffre moins pour retrouver sa santé, la louer, que pour avoir l’occasion d’être placé sous la Grâce de Dieu et de participer à la souffrance de son fils Jésus-Christ d’où l’acceptation positive de la douleur par beaucoup de croyants.

C’est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les calamités, dans les persécutions, dans les détresses, pour le Christ ; car, quand je suis faible, c’est alors que je suis fort.

Deuxième épître aux Corinthiens, par Saint Paul, chapitre 12, verset 10

Alors voyez ! Qu’on la prenne avec philosophie ou qu’on la subisse sévèrement, la majorité des français connaissent la douleur. Pire, nombreux sont ceux qui se sont résolus à faire avec. En 2016, un sondage IFOP à l’initiative de l’Inserm révèle que 93 % des français auraient déjà souffert de douleurs articulaires et qu’un sur deux serait touché par ces douleurs au moment de répondre à la question, avec l’impact que cela a sur la vie quotidienne3. Cela fait suite à un autre sondage mené deux ans plus tôt où parmi la moitié des français qui déclarent souffrirent de douleurs au quotidien, 68 % d’entre eux affirment qu’il s’agit de douleurs persistantes4.

Confrontés à ces chiffres dont la lecture ne peut que nous inquiéter, on imagine aisément l’état de la médecine, son impuissance à traiter et soulager la douleur de tout un chacun. On imagine et on constate bien plus. Car selon ce que rapporte la Société Française d’Étude et de Traitement de la Douleur (la SFETD), ce serait 70% des patients atteints de douleurs chroniques qui ne reçoivent pas un traitement approprié, une statistique qui confirme ce que bon nombre d’entre nous constatons dans notre vie de tous les jours. Il suffit de connaître des gens, de leur parler. Il y a partout des personnes qui souffrent, qui ressentent d’importantes douleurs et qui malgré tout se retrouvent sans remède. Pourtant ce n’est pas faute de chercher ! Voilà qui explique au moins en partie le retour en force de la médecine naturelle, des méthodes d’hypnose, etc. Il y a aujourd’hui un réel engouement à tenter de traiter le mal qui nous ronge physiquement, moralement, en allant voir du côté de la médecine douce. On comprend bien que toute alternative est bonne à prendre quand on souffre !

Et face à l’ampleur du phénomène, on pense au gouvernement, à l’action des pouvoirs publics car incontestablement, la médecine avance si et seulement si la politique lui en donne les moyens. De fait, de 1998 à 2010, pendant l’ère Chirac puis au début du mandat de Sarkozy, l’État a dressé successivement trois plans nationaux qui mettaient la douleur au centre des programmes. Le but était de poser de meilleurs diagnostics et d’offrir des réponses plus adaptées aux patients. Fait notable, le soulagement de la douleur a été reconnu comme un droit fondamental pour chaque être humain à travers la Loi de Santé Publique du 4 mars 2002 mais depuis, hélas, pas grand-chose a changé ! Pas de quatrième plan. Ou peut-être que si ! En 2012, on a baptisé sobrement le quatrième plan le programme national d’actions, néanmoins celui-ci n’a jamais abouti. Donc pas d’actions ?

Aïe ! Les soins ont pourtant besoin d’évoluer !

3 Source : 2016_10_04_DP_DouleursArticulaires (002).pdf (ensemblecontrelesrhumatismes.org)

4 Enquête CSA pour Sanofi sur « Les Français et la douleur » réalisée auprès de 2006 personnes âgées de 18 à 60 ans. Enquête menée du 25 août au 2 septembre 2014

Souffrance dit l’être, musique dit l’âme.

Pour commencer cette partie charnière au sujet de la musique curative, il n’est pas insensé de détourner la poésie de Victor Hugo et ce vers en particulier : Immensité dit l’être, éternité dit l’âme (Les Contemplations, 1856) parce qu’il semble que ce détournement épouse lui aussi, avec une incroyable justesse, la réalité telle que nous la vivons. On souffre, on chante. Dans les deux cas, on crie.

28%

des personnes atteints de douleurs chroniques estiment que la douleur est parfois tellement forte qu’ils ressentent l’envie de mourir5

Jour après jour, nous avons tant de raisons de crier ! À cause de ce qui se passe dans notre société sur les plans politique, sécuritaire, écologique, sanitaire, …, à cause de la fin de l’enchantement, la disparition progressive du romantisme, le manque de justice, …, les gens ont semble-t-il toujours plus de raisons de souffrir psychologiquement. D’ailleurs, notons curieusement que le nombre total de cancers détectés en France augmente chaque année depuis trente ans et que les taux de récidives sont suffisamment importants pour faire l’objet d’un signalement à part entière6. Si ces statistiques ne prouvent rien en soi, elles sont au moins faites pour que nous nous interrogions sur nos modes de vie ainsi que nos modes de consommation, plus généralement sur les rapports que nous entretenons avec notre santé.

En réfléchissant beaucoup, détaché de la notion de profit ou d’intérêt personnel, on se rend compte que la solution à ces souffrances humaines doit être humaine elle aussi et non pas être l’application d’une nouvelle mesure collective qui, comme à son habitude, se prostitue pour les beaux yeux de puissants groupes mercantiles.

Cela peut passer par l’art, l’art en tant que media qui délivre des messages à son public. Cela peut aussi bien passer par la musique, la musique en tant que concentré de vibrations pour le corps et vague d’émotions pour l’esprit. La musique est toujours apparu comme un anti-douleur naturel.

Car de fait, la musique touche à l’âme. C’est la quête constante de l’harmonie et qu’est-ce que l’harmonie, me direz-vous ?

Définition de harmonie / [aʀmɔni] / nom féminin

Combinaison spécifique formant un ensemble dont les éléments divers et séparés se trouvent reliés dans un rapport de convenance, lequel apporte à la fois satisfaction et agrément.

Champ lexical du mot harmonie

accord
harmonique
mélodie
cadence
symphonie
unisson
accompagnement
beauté
harmonieux
résonance
concert
ensemble
union
fraternité
entente
équilibre
unité
affinité
concordance
communion
alliance
symétrie
similitude
délicatesse
convenance
bon esprit
tranquillité
conformité
sympathie
chœur
conciliation
combinaison
...

Ainsi, on entend harmonie et on entend aussi mélodie, beauté, union, unité… Tout cela rappelle à la fois la musique et la fonction de soigner : mélodie du cœur, union du corps et de l’esprit.

La musique est d’autant plus à sa place en tant que soin que la musique est à la fois un art et une science. Tous les peuples, toutes les cultures du monde entier ont joué avec les sons, les ont porté sur la scène jusque que dans les universités pour étudier ses caractéristiques, comprendre comment elle opère. En somme, la musique est PARTOUT ! Du cirque aux mathématiques, elle se manifeste dans les moindres degrés de la vie humaine. C’en est une composante essentielle. Par conséquent, mieux on la connaîtra, plus elle pourra nous être utile.

La musique fait partie du quadrivium qui désigne l’ensemble des quatre sciences mathématiques dans la théorie antique : arithmétique, géométrie, musique, astronomie.

Cela nous fait poser la question : pourrait-on vivre sans musique ? A moins d’être parmi les rares personnes à ne pas aimer la musique (il y en a), la réponse est non ! Absolument pas ! Alors pourquoi ? Pourquoi les malades, les gens placés, isolés, mis de côté n’y auraient-ils pas droit également ? Pourquoi devraient-ils souffrir de l’absence de musique ? Qu’est-ce qui l’ordonne ? La rentabilité ? Faux ! La difficulté de trouver des prestataires ? Faux ! Le manque de volonté ? Oui ! Il n’y a qu’à regarder les bienfaits de la musique pour avoir envie de la diffuser partout où elle est utile, autrement dit où elle peut apporter confort et réconfort !

5 Lanteri–Minet M.ECONEP : évaluation du coût lié à la prise en charge des patients présentant des douleurs neuropathiques. Société française d’étude et de traitement de la douleur, 6ème Congres, Nantes 17 novembre 2006

6 Le cancer en chiffres | Fondation ARC pour la recherche sur le cancer (fondation-arc.org)


Et c’est ce que Choupette a tenté de faire toute sa vie !